10/09/2017

Broderie bohème, sans bourgeoisie

Il n'y a plus d'habitudes depuis longtemps, j'ai de moins en moins d'habitudes, pour la simple raison que je n'en ai même plus le temps... trop occupée à vivre en spectatrice en pointant du doigt ce que j'estime dysfonctionnel dans le monde, dans mon quartier et chez les autres, j'en ai même oublié d'avoir l'habitude d'avoir un projet.
Peut-être que c'est sans doute parce que je n'en n'ai jamais eu beaucoup ou pas souvent. Pour reprendre ce que j'écrivais déjà il y a quelques mois, "c'est pas bien de ne pas avoir de projet, pas constructif, pas win-win, pas bien". 
Bon en fait autant être honnête, je crois que je m'en fous; enfin plus exactement mon projet c'est de ne pas vraiment en avoir ou plutôt de m'éloigner le plus possible de la nécessité sociale d'en avoir, ce qui en soi constitue déjà un objectif. 
Mon corps par contre est entrain d'en mener un je l'espère, à bien; oui contre tout diagnostic médical pourtant très sûr de lui, j'attends mon deuxième enfant. Mon souhait à présent c'est que cette attente se passe au mieux jusqu'à son terme sans une arrivée au monde aussi traumatisante que celle du premier (pour lui et pour moi).
Face à cette prochaine arrivée, je m'interroge à nouveau sur l'après. Oui parce que l'après ne peut pas être conforme à mon présent; logiquement certes, mais pas uniquement. Oui, je reviens à mes interrogations sur le monde du travail couplées cette fois à la question du vivre ensemble dans une petite ville de l'arc lémanique où vivre est de plus en plus cher et où le prix à payer en vaudrait la chandelle...vraiment?
Ces jours j'ai des envies de Jura, de neige et de sapins et de feu de bois...comme une envie de vivre dans une pub pour du chocolat en quelque sorte. Je dois être une de ces fainéantes (au sens Macronien du terme) qui ne comprend pas pourquoi avec deux enfants et malgré la subvention municipale, les frais de garde en crèche nous reviendront à presque la moitié de mon salaire pour 4 jours par semaine; qui ne comprend pas non plus pourquoi en souhaitant trouver un appartement plus grand pour avoir un minimum d'espace on devrait trouver normal de payer au moins 2'500 balles par mois si on veut rester dans notre quartier où on a justement une place en crèche, une qui ne comprend pas pourquoi dans un parc il n'y a que deux balançoires pour les tout-petits alors que le quartier est ultra-archi familial; qui ne comprend pas encore pourquoi je manque souvent de me faire shooter par les voitures au passage piétons car ces dernières ne s'arrêtent jamais totalement, trop pressées de quoi je ne sais pas mais trop pressées. 
Oh j'ai sans doute des problèmes de privilégiée, dans mon ancien job on m'aurait peut-être dit que je n'avais pas le droit de me plaindre de ce genre de choses après avoir entendu les problèmes des employé.e.s qui venaient nous trouver. Et bien mes plaintes se situent à mon échelle et elles sont réelles et concrètes pour moi. Je n'en attends pas vraiment ni validation ni jugement, je les partage avec qui veut bien les lire.
Quoiqu'il en soit j'arrive au point où je me demande si tout faire pour rester à Lausanne en payant nos factures pour attendre le mois d'après consiste en un bien être réel; si le fait d'avoir un travail pas très bien payé qui n'épanouit pas vraiment est un gage de qualité de vie; si le fait de ne plus trop supporter mon prochain à la Coop, au parc ou dans la rue ne devient pas un début de ras le bol total.
Pourtant j'aime "l'autre", cela fait un bon moment que j'ai cessé le sarcasme et le cynisme pour aborder la bienveillance comme grille d'approche de "l'autre"mais malgré mes bonnes velléités, je continue de me sentir agressée, à coté de la plaque ou simplement pas dans la marche du monde de mon coin. Les ami.e.s se font plus rares, simplement parce que les vies changent, les priorités aussi et nos capacités personnelles à gérer les changements des autres sont très individuelles; certaines personnes chères que l'ont voyait tout le temps disparaissent simplement, c'est comme ça, c'est la vie comme dit le poncif.
Alors voilà quand tout autour devient trop lourd, je me réfugie dans cet espace mental qui permet de disparaitre de soi. Pour moi c'est partager avec celui que j'aime, mes envies de sapin, de neige, de bois, d'herboristerie et d'espace. C'est rêver ensemble de travailler moins et de transmettre à nos enfants si ce n'est de l'argent ou des biens, au moins pas de dettes ni de mal-être. Rêver un peu c'est aussi se donner la possibilité de se broder un avenir un peu différent et qui sait peut-être le réaliser.
C'est oser avoir des fleurs dans la tête et une plante rampante dans l'épine dorsale sans avoir aucun standing à souhaiter tenir, ni plus rien à vouloir prouver à qui que ce soit. C'est tenter d'échapper à la coercition sociale, à la violence ordinaire de la fabrique des fous , c'est souhaiter prendre un peu de recul, dans tous les sens du terme, pour voir un peu mieux et se regarder et se sentir un peu plus tendrement. Ces jours, c'est à mon sens, peut-être le seul projet valable qui soit.





12/02/2017

Inadéquate

Dans mon ancien job chez "force rouge" comme j'aime à l'appeler avec affection, j'avais au mur de mon bureau l'équivalent d'un aimant à frigo qui reprenait une phrase de Krishnamurti, la fameuse "Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale que d'être adapté à une société profondément malade." Alors oui c'était sans doute un peu cliché, mais selon les personnes et les problématiques du travail auxquelles je devais faire face, cette phrase m'était toujours utile pour appuyer mes propos.
Dans mon nouveau job, qui n'a rien à voir avec le précédent et dans lequel je ne suis pas certaine d'être la plus adéquate, une collègue me mettait en garde il y a quelques jours en me disant " vous savez, on ne fait pas ce job pour avoir juste un travail et un salaire à la fin du mois, si on choisit ce travail pour ça c'est qu'on se trompe, on ne peut pas le faire dans la demi-mesure, on doit être passionné par la rigueur"....
Je restai sans voix, ou du moins sans rien prononcer en regardant ma collègue s'éloigner, assez satisfaite de son effet alors qu'au dedans de moi s'engageait un soliloque qui dure encore aujourd'hui.
Evidemment que dans l'idéal absolu, on ne devrait pas avoir un job juste pour le salaire, on devrait bosser à un poste qui nous plaît et dans lequel on s'épanouit et où l'on souhaite évoluer ou du moins rester...oui ce serait l'idéal...
Vous l'aurez compris, je doute. C'est une posture de base en ce qui me concerne, mais face au monde du travail tel qu'il est dessiné dans notre société, mon doute et mes questionnements sont encore plus grands.
Personnellement, je crois que mon job de rêve n'existe pas et que j'ai passé beaucoup trop de temps à cueillir des pâquerettes pour faire des bouquets de choses qui m'intéressaient; sauf que ces bouquets ne pouvaient en aucun cas faire un travail concret, et ces bouquets ne le peuvent toujours pas. Je ne sais pas vraiment ce que c'est que d'avoir un métier qui me passionne. En fait non, le premier que j'ai pu faire, en l'occurrence celui de comédienne, me passionnait vraiment; mais voilà, en perdant beaucoup trop d'années à ne pas avoir confiance en moi, je suis passée sans aucun doute à côté de mon métier et par esprit de contradiction j'ai préféré reprendre des études où je me suis arrêtée au "premier étage" le second étant franchement nécessaire dans le monde du travail actuel...ou pas, car l'université c'est formidable, mais cela ne donne pas forcément du travail.
Rendue à ces considérations à "pas complètement bientôt" 40 ans, je ne me retrouve pas plus avancée. En plus je suis une femme, je ne serai bientôt plus vue comme "jeune" socialement parlant , ce qui au niveau du monde professionnel aura pour seul avantage qu'on ne me demandera bientôt plus si je compte avoir un (autre) enfant; car même si ce n'est pas légal, c'est bel et bien une question qui nous est posée régulièrement.
Cette inadéquation de mon "moi-je" avec le monde du travail est une constante compliquée et je sais pertinemment que nous sommes nombreux dans ce cas. 


Il est en effet difficile de rester cohérent et honnête envers soi quand on ne trouve pas de sens réel, voire intense, à ce qui constitue le plus grand nombre d'heures à nos journées. Bien sûr ce n'est pas comme ça en permanence, certaines journées se passent sans questionnements internes, et pour moi, cela ne dépend pas forcément du poste occupé. Par contre cela dépend quand même pas mal de la façon dont on "manage" le personnel. Et après quelques années dans le monde du travail, je constate que quelque soit la tendance dominante, la peur est un outil de management fortement utilisé . Peut-être que cela tient au pays, car soyons honnêtes, la Suisse fonctionne très bien et depuis longtemps sur la peur. On la retrouve dans toutes les campagnes politiques, dans la manière dont on considère les autres, ses voisins, les administrations, les assurances, les gérances et bien évidemment les employeurs. Il est donc en quelque sorte normal, que cette dernière soit aussi un outil de gestion du personnel; l'absence d'un droit du travail un peu plus touffu lui facilitant bien le chemin.

Il faut aussi dire que cela fonctionne parfaitement bien. Notre société fonctionne parfaitement bien dans son auto-régulation de la peur au ventre. 
C'est agaçant. Agaçant parce que cela laisse entendre que si l'on ne se sent pas complètement adéquat face à tout ça, on est en quelque sorte déviant. Refuser d'avoir la trouille ou se dire qu'après tout, cela n'est pas si grave, serait alors ne pas prendre son job au sérieux. 
Ce serait aussi ne pas avoir de "projet". C'est très grave, de nos jours, de ne pas avoir de projet. 
La vie adéquate et bien régulée doit donc être celle qui s'articule autour du travail, le reste n'est que ce qui doit s'adapter aux vies professionnelles. L'inverse est faux, l'inverse est improductif et maladroit.
Le travail est vu comme seul structurant; évidemment, puisqu'il construit nos capacités à participer à la société telle qu'elle est définie et fondée.
La société fonctionne, c'est indéniable. 
Mais jusqu'à quel point fonctionnons nous en son sein? À quel moment les rouages se grippent, à quel moment on crée un écart sur le chemin? Et une fois créé, comment peut-il être confortable?
Peut-on se donner le droit à cet écart? Non, ou pas vraiment. Enfin cela n'est pas évident pour être vraiment clair, car nos "chambres ont la forme d'une cage"...
J'ai pourtant envie de me laisser ce droit, ou simplement parfois, imaginer que je l'ai ou qu'il m'est possible de le prendre...
À suivre...








16/12/2015

Emoji parents


J'ai promis à un être qui m'est cher que je n'allais pas uniquement écrire sur la maternité une fois que je serai maman. J'ai donc décidé de le faire une fois et puis de m'arrêter là. C'est une manière de tenir ma promesse mais aussi une façon pour moi de tourner une page, d'entrer dans ce nouvel état de fait et de laisser faire; car s'il y a bien une chose que j'ai comprise ces dernières semaines, c'est qu'il faut un peu se laisser porter par tout ça, sinon ce n'est même pas la peine imaginer survivre aux premiers mois. Oui effectivement je n'ai même pas atteint le deuxième mois complet que je me demande comment je vais tenir. Je sais ce qui se dit, tout rentre dans l'ordre progressivement jusqu'au prochain désordre, on oublie tout car c'est surtout énormément de joie; oui c'est vrai, ça rend couillon, on sourit tout le temps même sans avoir dormi, on s'extasie devant le moindre son chou émanant de la bouche de notre progéniture et on fini par parler comme on s'était juré de ne pas le faire en faisant des "Ohhh" et des "Ahhh" la bouche en coeur, on est heureux donc...
Mais alors si seulement on pouvait dormir un tout petit peu, juste un tout petit peu, un riquiqui petit peu...Parfois je me dis que si j'avais eu mon enfant à 25 ans au lieu de 35 passés (36 passés pour être exacte), ce serait peut-être plus facile...En même temps ce n'est pas l'âge qui m'empêchait il y a encore très peu de me nourrir de gin tonic et de clopes en rentrant au moins deux soirs par semaine tôt le lendemain... j'ai toujours eu la "vieillesse" sélective...ce qui est assez répandu dans ma génération il me semble. Emoji clin d'oeil.
Et à 25 ans, je ne voulais pas d'enfant, j'étais d'ailleurs certaine que cela ne changerait pas.
Vous me direz peut-être que je trouve quand même le temps d'écrire; oui certes mais j'écris une ligne par jour...sauf là, où petit loup dort tranquille depuis 4heures dans son lit sans broncher, histoire de récupérer de sa nuit passée à moitié à pleurer pour raison inconnue et autre moitié endormi sur moi, hurlant à chaque fois que j'essayais de le mettre dans son lit. De mon côté, suis tellement en jet-lag que je ne sais plus ce que c'est de ne plus être fatiguée mais ce n'est pas grave, j'y penserai quand je retournerai faire du sport, en pleurant. Emoji gros sourire niais.
Là où je me rends compte que je suis vraiment épuisée, c'est quand j'essaie de trouver un fil conducteur à ce texte, en général quand j'écris je sais plus ou moins où je vais, j'essaie de rester triviale avec une pointe poétique, j'essaie...bon..là j'abuse des points de suspensions, et si je pouvais ponctuer par de vrais emojis, je le ferais. Un peu comme une forme de flemme assumée; "pardon je viens de devenir maman, faut pas trop m'en demander".
Mais où est-ce que je veux en venir en fait?
Je ne le sais pas moi-même; j'avais juste besoin d'écrire un peu, comme pour me reconnecter avec moi, moi seule, sans mon koala accroché à moi. Ce n'est pas évident une telle responsabilité, celle d'un petit être, un petit bout de cosmos qui débarque dans ce monde sans l'avoir demandé et qui tombe sur des parents inexpérimentés.
Il me semble que l'on devient parents après avoir posé les yeux sur cet être et quand cette décharge d'amour jusque là inconnu vous transperce le coeur dans une sorte de joie presque douloureuse. Dès ce moment, les vies changent pour toujours, c'est beau, angoissant, chaleureux et terriblement déstabilisant, le tout bien évidemment, en même temps.
Une fois ceci passé, il faut s'en occuper, le nourrir dans tous les sens du terme et le faire grandir.
C'est un défi, celui que l'humanité semble réussir depuis toujours mais où toi, là, tu as l'impression que tu n'y arriveras jamais! C'est absurde. Bon parfois l'humanité se plante aussi, notre époque ne fait que nous le prouver, mais ce n'est pas le sujet.
Ce texte, c'est aussi un peu pour dire à mes copines déjà mamans, "pardon, je ne savais pas", vous êtes des guerrières. Pour dire à la mienne, je te comprends un peu mieux à présent. Emoji larme à l'oeil +coeur.
Pour dire qu'être maman ce n'est pas évident mais aussi qu'être papa n'est pas plus facile; que tant qu'on n'aura pas un congé parental digne de ce nom, les rôles que l'on aimerait moins clivés et socialement non pré-définis le resteront malgré tout et que c'est nul. Car oui pendant un congé maternité (lequel a seulement 10 ans chez nous, emoji cri de Munch) papa lui, va bosser, et parfois on aimerait bien pouvoir inverser un peu.
Ce texte pour dire donc à mon amoureux, qu'il est un super papa et lui promettre de tout mettre en oeuvre pour ne pas me "mégèriser".Coeur avec les doigts.
C'est une sacrée claque pour un couple, c'est aussi un nouveau sujet de discorde diverses et variées, résister à cet énorme chamboulement, c'est s'aimer énormément et montrer à ce petit bout qu'il en est aussi un témoin et un résultat souhaité, attendu et aimé.
C'est aussi de grands moments de solitude au début et sans doute par la suite car on a beau penser avant qu'on ne changera rien à ses habitudes...c'est assez faux, tout change et ce n'est pas forcément aisé de l'accepter. Chez moi cela réveille certaines angoisses et parfois une peur, je dois aussi me mettre des coups de pieds au derrière pour ne pas me laisser aller au stress.
Se faire confiance et faire confiance...Leitmotiv d'une vie face à certains moments charnières, devenir parents est sans doute un des plus déstabilisants; enfin pour moi en tout cas.
Impossible de prévoir, de savoir à quoi s'attendre, c'est tellement intense.
C'est une rencontre avec un être attendu et porté 9 mois mais totalement inconnu; avec son caractère, son visage qui nous ressemble mais aussi totalement unique. C'est magique. Emoji ciel étoilé.
Un texte un peu naïf sans doute, qui ne dit peut-être pas ce que j'aimerais vraiment dire.
Trop fatiguée mais aussi intensément passionnée par notre petit loup, je me réjouis de la suite de cette aventure. Tout a changé le 4 novembre 2015, Vadim Wolf est entré dans nos vies, nouvelle planète dans notre petit cosmos.
Emoji Coeur.




23/07/2015

De notre tout petit Big Bang

 Alors que les blouses blanches avaient décidé que nos machines internes ne pourraient pas naturellement donner la vie, la vie elle même, justement, en a décidé autrement.
Je préviens, je jette la première pierre à celle ou celui qui me dira que c’est parce que nous avions cessé d’y penser que c’est venu tout seul. Je ne suis pas très adepte de la pensée magique, ou du moins plus depuis que je ne crois plus vraiment aux licornes ; même si ces dernières se promènent régulièrement dans mon espace mental dans la forêt de quartz.
Non, nous avons eu une chance de dingue, c’est la seule chose à laquelle j’ai envie de croire.
Un mois avant notre rendez-vous au centre d’aide à la procréation médicalement assistée, et inutile de vous dire qu'on ne faisait que ça, y penser, j’ai donc découvert que si tout se passait bien, nous n’aurions plus besoin d’y aller.
Stupeur et tremblements, larmes de joie et mine incrédule, ce n’est qu’au résultat de la prise de sang que je me suis mise à y croire. Je venais d’ailleurs de poster un coup de gueule de texte sur le sujet, c’est bête mais je me sentais du coup un peu conne…
Le côté miraculeux de cet évènement a fait que jusqu’à la 13ème semaine, j’osais à peine bouger et surtout j'avais du mal à vraiment m'autoriser d'être heureuse et à y croire réellement.
Me voilà aujourd’hui à la semaine 26 (parce que oui on compte en semaines ) et j’oscille encore entre un émerveillement légèrement niais et une humeur de pit bull en colère. 
Premier constat, être enceinte ça fait mal, un peu partout, tout le temps. Celle qui me dira le contraire a de la chance mais comme elle va m’énerver, je préfère qu’elle s’abstienne.
Ouais parce que ces douleurs censées être pour la bonne cause, et bien elle m’agacent . Personne ne souhaite avoir mal au dos ou aux jambes en permanence pour ladite « bonne cause ». Après bien évidemment, au premier coup de pied de bébé dans le ventre, le côté Alien est vite oublié au profit de l’explosion de paillettes de joie . Mais ce n’est pas une raison. Et puis si je ne me plains pas, ce n'est pas tout à fait moi, j'ai un certain niveau d'agacement à tenir pour remplir correctement mon personnage social.
Parlons-en d'ailleurs du côté social de la grossesse; c'est tout aussi fatiguant que l'état en lui même. Tout le monde, je dis bien absolument tout le monde a un avis sur la question, de la même manière que ceux qui s'improvisent économistes avec un avis sur la crise grecque, la grossesse déclenche des réactions en chaîne assez inattendues autant qu'aberrantes. Il y a tant d'injonctions sur le sujet que c'est à se sentir indigne avant même d'être concrètement parent. 
Dans le désordre, on trouve les amis et parents qui te veulent tant de bien qu'ils tendent à l'ingérence, ceux qui du jour au lendemain disparaissent, morts de trouille devant autant de démonstration de vie (et qui te manquent) ceux qui deviennent soudainement tes amis comme par magie, ceux qui n'appellent plus, ceux qui appellent trop, les normaux avec un dosage sain et réfléchi (merci), les collègues de travail qui te demandent quand tu vas être en arrêt, ton médecin qui ne se le demande pas une seconde alors que tu en rêves et qui, avec la psychologie d'un caillou hausse les épaules en te disant, "bah oui avec cette chaleur c'est pas évident et oui la grossesse ça fait mal, surtout à votre âge", la vendeuse du magasin "autour de bébé" qui te dit " mais c'est maintenant que vous vous en occupez ?!" (de commander le matos sans vraiment trop savoir quoi commander), celles et ceux qui te disent " tu devrais faire de l'haptonomie" "du yoga prénatal" "voir une acupunctrice" "consulter une sage femme indépendante" "quoi tu manges de la salade?" "il est énorme ton ventre pour 6 mois" "tu vas allaiter ou pas?" "t'as pris combien de kilos?" " je peux toucher" (c'est déjà bien de demander) et il y a aussi celles et ceux qui s'en foutent....ils sont rares, et parfois j'aurais presque tendance à leur dire merci...sauf quand ils ne me laissent pas de place dans le bus, mon quotidien.
Je reste malgré tout consciente que toutes ces démonstrations sont le résultat de cette aventure qui nous dépasse tous et toutes un peu, qu'il y a énormément de bienveillance derrière cet ensemble de réactions et qu'il serait complètement tordu de ma part de ne pas non plus m'en émouvoir.
Enceinte, on cumule un peu deux états simultanés; une partie souhaite qu'on nous fiche la paix et l'autre qu'on s'occupe de nous, qu'on nous porte un peu car on se sent parfois un peu paumée dans les chapitres de notre propre livre; surtout quand sans s'y attendre on se met à pleurer devant un téléfilm allemand de l'après-midi sur M6...c'est pas facile pour l'égo.
Il y a encore 3 ans en arrière, je ne souhaitais pas devenir maman, je ne disais pas jamais mais je ne disais pas non plus vraiment que je le voulais. Je me trouvais déjà bien incapable de m'occuper de moi correctement et les enfants me faisaient un peu peur; ce qui est d'ailleurs toujours un peu le cas. 
Et puis voilà, c'est venu du jour au lendemain en même temps que la plus belle histoire inattendue de ma vie. Quand on nous a annoncé que ce ne serait pas possible ou très fortement improbable, un gouffre s'est ouvert sous nos pieds; mais c'était sans compter sur la chance, et depuis je remercie chaque jour cette dernière, les étoiles et le cosmos, de nous offrir cette aventure. 
Au final, je râle pour m'aider à mettre en perspective ce qui ne peut que l'être; nous allons devenir parents d'une poussière d'étoile, nous nous engageons sur ce chemin magique et effrayant et qui demande au final beaucoup de courage. Il est normal et sain je pense, d'avouer qu'on a un peu la trouille, qu'on ne sait pas de quoi cette histoire sera faite et que non, on ne sait pas ce que c'est qu'un maxi cosy ou une gigoteuse ni tout ce marketing nouveau et flippant autour de ce qui est supposé être naturel... Il n'est pas si naturel de voir son corps se transformer autant et aussi rapidement, ni de sentir son humeur si changeante et le regard des autres se modifier au point de se sentir disparaître derrière  ce fameux "état". Il n'est pas non plus si naturel de constater que le processus de parentalité change le rapport à ses propres parents, on se sent encore plus loin  d'eux avec l'appréhension de devenir les mêmes; et en même temps on les admire de nous avoir portés jusque là.
Il me semble que rarement dans ma vie, j'ai été confrontée à tant de contradictions. Sans doute le fait que je me pose énormément et constamment des questions n'améliore pas le processus, sans doute il existe des personnes pour qui ce passage de vie est plus simple ou simplement plus doux, peut-être surtout plus "naturel". 
J'ai parfois l'impression de devoir sauter dans le vide un peu à chaque minute respirée et je me demande surtout comment je vais devenir maman, quel type vais-je être, si je saurai m'occuper de ce petit bout avec un peu d'assurance.
En attendant, j'enfile mes Birkenstock dorées et laisse filer les semaines d'un été incroyable jusqu'à cet automne qui va être débordant de nouveauté. 
Nous sommes heureux, et ne pouvons que dire merci à ce petit Big Bang personnel.


25/01/2015

Un chou, une rose, une cigogne et un mur (haut mur)

Comment écrire ce qui est censé ne pas s'écrire; encore moins se dire.
Oui, dans notre société, ce sujet est une sorte de tabou, car seuls les êtres performants, les win-win, ceux qui "gèrent grave", seuls ceux qui décident et qui parviennent; seuls ceux là sont salués et ont d'une certaine manière, le droit de parler. 
En Suisse, cette problématique est en quelque sorte une affaire d'ordre privée. Rien de ce sujet ne doit peser sur la collectivité et dans notre pays d'argent, il devient donc malheureusement logique que la solution ne soit pas du tout prise en charge par les assurances maladie. La solution n'est accessible qu'au prix équivalent d'une Rolex; il faut donc se faire une sorte de raison et accepter ce qui, dans cette situation semble inacceptable: seules les élites ont facilement accès à leur reproduction.

L'infertilité, la difficulté pour un couple d'accéder, et ce malgré la plus forte des envies, à la parentalité; c'est de cela dont je parle.
Jamais je n'aurais imaginé devoir un jour dans ma vie me confronter à ce problème.
Pendant pas mal d'années, je ne me suis même pas posé la question. J'ai atteint la vingtaine en me disant d'abord que je n'en n'aurai jamais envie. Fidèle à une adolescence sombre, je ne voyais pas de raison valable à ce que j'appelais alors "la reproduction". Puis j'ai changé un peu en me disant que je ne ressentais pas d'envie de ce genre et que si à 35 ans je n'avais pas d'enfant, cela voudrait dire que je n'en n'aurai jamais. Et puis il me semblait qu'il fallait aussi rencontrer la personne qui peut-être éveillerait l'envie. Tout ceci était donc loin de moi et je regardais les enfants avec méfiance.

Aujourd'hui, à 36 ans, je revois mes idées passées avec douceur; j'ai rencontré cette fameuse personne et plus que cette dernière, il me semble que c'est l'histoire en elle-même, son énergie, ce que l'on en fait au quotidien, notre capacité à communiquer, à nous aimer pour ce que nous sommes simplement; c'est tout ceci qui a crée en nous, l'envie.
Un jour, tu ne sais d'ailleurs vraiment pas très bien pourquoi et d'ailleurs souvent tu le gardes pour toi car ce n'est pas "cool" du tout, bref, un jour, tu te mets à regarder les bébés différemment. Tu ne les vois plus comme des uniques tubes digestifs un peu flippants. Tu te mets à ressentir un truc étrange dans le bide, un truc que tu ne pensais absolument pas possible en toi.
Tu pensais qu'il s'agissait d'injonctions sociales, et sans prévenir tu te rends compte que ce qui est là, fortement au dedans de toi, c'est que tu es simplement..animale. C'est plutôt étrange comme révélation de soi à soi, car tu dois du coup en finir sur ce sujet, du moins au début, avec ton plus fidèle copain, le sarcasme.
Le temps passe, on s'aime, c'est formidable, mais rien ne vient. Les questions commencent. On te dit de ne pas y penser, de laisser faire. Toi de bonne volonté tu fais ce qu'on te dit, tu essaies donc tant bien que mal de désirer sans vouloir. Bullshit. Tu te fais des films dans ta tête. Tu te sens conne. Rien ne vient. 
Pour finir, ou plutôt pour continuer, vous décidez d'aller voir les machines d'un peu plus près pour essayer de comprendre. Et là après quelques rendez-vous, ça vous tombe dessus comme la foudre.
Vous ne pouvez pas, ou très peu, comptez sur la nature.

Oui mais :
-"Docteur, on peut faire quelque chose?
-oui, il y a la procréation médicalement assistée
-mais ça coûte terriblement cher docteur et ce n'est pas pris en charge, c'est injuste
-oh vous savez si vous n'êtes pas prêts dès le départ à investir, mieux vaut oublier, vous savez c'est cher un enfant. Quel âge avez-vous au fait? 
-36
-ah donc faut pas traîner!"

Il n'y a plus vraiment de tristesse, il y a à présent pas mal de colère et de stress. En colère, parce que le seul soutien de notre société s'apparente à être pris en pitié discrète ou à mettre en avant nos "défaillances", nous ne sommes pas fidèles à la demande de performance. Nous ne respectons pas la productivité.
Et pourtant, nous avons mangé les mêmes pesticides que tout le monde, fumé des clopes, bu des coups, vécu pleinement notre vie, nous avons dansé et aimé, et en quelque sorte aujourd'hui nous nous sentons comme coupables. Coupables de notre envie de donner la vie, coupables de ne pas être blindés de pognon de génération en génération. 
J'insiste beaucoup sur ce sujet, mais c'est aussi celui qui nous met le plus en colère. Nous sommes salariés, nous pourrons sans doute accéder aux traitements en tout cas une fois, mais comment font ceux qui gagnent encore moins? La Suisse ne veut pas de "pauvres". La Suisse veut une reproduction libérale. 
Je fus la première à descendre dans la rue pour défendre le maintien du remboursement de l'avortement...à quand une initiative pour la prise en charge de la pma en Suisse?
Certains prennent un crédit à la consommation pour se payer une grosse bagnole, d'autre pour se payer les traitements qui leur permettront peut-être de donner la vie.
Cherchez l'erreur.
Je sais que j'ai habitué à un peu plus de poésie, mais dans le cadre de ce texte, je crois que nous demandons un droit à la colère.
Nous demandons le droit de faire chier le monde avec notre infertilité.
Nous avons décidé de ne pas nous taire, ni d'être discrets, ni de faire preuve de pudeur.
Quelle qu'en soit l'issue, nous tenterons de vivre pleinement cette nouvelle aventure. Il nous faudra sans doute beaucoup nous aimer, nos amis nous trouverons courageux, d'autres nous trouverons rasoir, tant pis.
Au bout de ce chemin, il y aura nous l'espérons, un enfant. Nous l'aurons longtemps appelé et cherché. S'il n'y est pas, que découvrirons nous?
Dans tous les cas, il y aura, il y a, une mise en perspective de ce que nous pensions jusqu'à présent, de nos décisions et de nos choix de vie. 
Changer, ne plus se faire mal au travail, créer, rêver, voyager, espérer, se révolter.
Être chaque jour un peu plus jeunes en pesant au quotidien nos vies d'adultes.











09/12/2014

Bruit et paupières

Je ne sais pas dormir; ou du moins je ne maitrise absolument pas le principe d'abandon. 

L'endormissement est une épreuve personnelle; tout d'abord parce qu'il vient toujours péniblement et ensuite, parce que l'espace temps qui sépare mon besoin de dormir avec le moment réel d'abandon est l'équivalent d'un conflit cellulaire total. 

Mes nuits sont une histoire qui se répète. 
Adolescente, je refusais de dormir, pour moi dormir c'était mourir. 
Dans cette logique absurde, j'épuisais mon corps et ma tête rêvait en plein jour.
À un certain stade, et comme la réalité n'était plus tout à fait consistante, il fallut me faire avaler les moutons pour que je cesse de les compter.

Adulte, je ne refuse plus de dormir, mais ce qui a été entraîné à ça, au dedans de moi, se fraie toujours un chemin d'une créativité intense.
Je pose la tête sur l'oreiller, je ferme mes yeux et j'attends. La fatigue est là réelle, accumulée sur le long terme. Si la chance est là, je ne me rends compte de rien et la nuit passe, normale, en un battement de cil.
Mais si les cellules du passé sont activées, ré-activées par une pensée incessante, un bourdonnement de questions dans la ruche cérébrale, les alvéoles se déforment et se mettent à se déchirer. Dans ces moments là, c'est comme si la chape de peau qui entoure mon crâne se mettait en surchauffe, comme si l'os cherchait à changer de forme et là, à ce moment là de la bascule de l'éveil au sommeil, dans une lutte entre mon corps fatigué et mes cellules joueuses, le sursaut intervient; la sensation que mon crâne s'ouvre en deux parties; comme en été on ouvre une grenade pour en détacher les grains.
C'est la mémoire adolescente qui refuse à mon corps adulte, le sommeil.
C'est la peur primale de la perte de corporalité qu'amène cet état. 
Il n'y a plus de maitrise et on perd les échanges possibles.

Ces sursauts arrivent plusieurs fois, parfois même lorsque je suis vraiment endormie. Ils occasionnent des nuits entrecoupées faites de déambulations multiples. Parfois, il m'arrive d'écrire.
Mes nuits ne sont pas adaptées à mon quotidien, ou peut-être est-ce l'inverse.
Je n'aime pas mes insomnies, encore moins mes épreuves douloureuses d'endormissement. Elles sont le reflet de ce qui est cristallisé au dedans, mes peurs, mes frustrations et mes colères. 
Ces nuits là, je refais mon histoire en entier, je prends des décisions, temporaires ou non, je pense à mes proches, je regarde dormir celui qui est à mes côtés, je pense à l'avenir, je règle des comptes dans le vide, je fais des rétroplannings, je change de vie, de nom, je m'imagine fumer une clope, je vais sur les réseaux, je regarde des photos d'ongles, je regarde la tv online de la Nasa, je me demande si oui ou non, l'homme a bel et bien marché sur la lune en 1969 et souhaite savoir pour de bon la vérité, je n'y parviens pas, je peste de ne pas être scientifique, je me fais une raison, temporaire.
De l'autre côté de la fenêtre, souvent, la lune me nargue, elle m'agace alors je la délaisse pour regarder les immeubles d'en face; éclairés par les lampadaires jaunes, les fenêtres sans lumière, le monde entier endormi; soudain une fouine rondelette se promène autour des poubelles et se nourrit. 
Animaux urbains, nous partageons nos espaces; quand les mondes diurnes et nocturnes se croisent, les horloges trottent au ralenti et les secondes expansées laissent entrevoir les complications de la construction de nos rythmes sociaux.

Nos vies sont remplies d'injonctions contradictoires, nous devons être performatifs, proactifs, engagés, volontaires, sportifs, sains, enthousiastes, généreux, sensibles mais pas trop, gentils mais fermes, productifs, heureux, satisfaits et surtout, nous devons faire quelque chose de nos vies.
Mais c'est quoi exactement faire quelque chose de sa vie? Sur quelles bases pouvons nous poser nos certitudes? Selon moi aucune, mais c'est sans doute parce que je ne crois à rien ou à tout, cela dépend des nuits.

Mes paupières brulent et se font plus lourdes, je n'apporterai encore pas de réponses à mes questions; elles seront remises à la nuit prochaine où mon crâne cherchera à se fendre. À présent que j'ai dépassé le stade de la fatigue pour cet espèce d'éveil doux, il est temps que j'aille me parer de plumes pour enfin lâcher la surveillance et laisser repartir les aiguilles de l'horloge.

Bonne nuit...







14/11/2014

Cosmos et améthyste

Le soleil se transformera un jour en géante rouge; ce jour là, la terre disparaitra. 

Cette phrase comme énoncé d'une de mes angoisses du passé, quand avant de m'endormir je lisais le Big Bang raconté aux enfants. C'était un des chapitres de mon Encyclopédie de la Vie. Cette lecture eut sur moi à cette époque comme résultat de déclencher des interrogations sidérales. Mon esprit étant incapable de pousser plus loin la compréhension de notre existence, il s'en est suivi une intranquillité qui ne m'a jamais vraiment quittée. 

L'enfant fille que j'étais, laquelle ne cessait jamais de se poser des questions et de questionner son monde, ne put pourtant pas accéder à un chemin scientifique. Par manque de capacités peut-être, mais aussi parce que l'école républicaine française dont je suis un pur produit, décréta rapidement que j'étais mauvaise en sciences mais heureusement douée en matières littéraires.
Collée à mon genre j'achevais donc mon lycée dans une classe de 33 filles sur 37 élèves. De là à y voir un conditionnement, il n'y a que quelques millimètres.

Je n'ai donc jamais rien approché de la science du cosmos que sa vulgarisation, ses légendes et ses constructions fictives. En ces jours où l'Agence Spatiale Européenne fait atterrir un robot sur une comète à 510 millions de kilomètres de la terre, mes questions et ma frustration refont surface en arrêtes stridentes.
Contrairement à l'univers nos esprits ont leurs limites. Le mien se heurte à l'incompréhension de la raison de notre existence. 
Sommes nous des accidents, le résultat d'une volonté extérieure, la mort est-elle comme "tomber" dans le vide spatial ou comme un sommeil noir et éternel, y a t-il quelque chose après, devons nous croire, pouvons nous croire, croire en la science est déjà un départ non? mais est-ce suffisant? Si l'univers est en expansion pouvons nous espérer que notre connaissance et notre sagesse le soient aussi tout en nous éloignant toujours davantage de la réponse?

Ces circonvolutions de mes connecteurs cérébraux déclenchent encore parfois des sensations étranges, comme regarder dans un miroir qui regarde dans un autre miroir. Cela fait parfois peur, parfois cela fait rêver; je suis consciente de ma propre gravité.
En boulimique de compréhension et de déconstruction, je perds parfois le fil.
Je me mets à juger, à craindre, à ne plus aimer, à rejeter avec pour seule arme ce que certains qualifient d'arrogance et que d'autres perçoivent comme du mépris teinté de sarcasme. Nous sommes nos propres énigmes, en résonance à nos relatives complexités. Nous devons peut-être ne rien attendre mais continuer de chercher en acceptant le risque de notre éventuelle déception. Comme Hubert Reeves le dit, "il faut bien avouer que malgré toutes nos découvertes, nous ne savons rien". Ce n'est malgré tout pas une raison pour le contentement. Ne jamais cesser d'interroger est sans doute le gage d'une éternelle jeunesse de l'esprit et ce grand astrophysicien en est un magnifique exemple. 

Pourtant nous sommes à l'âge sociétal de la répression et du retour à la morale construite au moyen-âge.
Comment pouvons nous en même temps atteindre une comète lointaine et nous retrouver face à des esprits aussi étroits que ceux qui manifestent pour que les filles restent roses et les garçons restent bleus? Nous vivons une société à deux vitesses qui semblent bien incompatibles. 
Nos esprits ne sont pas des robots, nous ne pouvons pas les lancer sur une sonde en espérant qu'ils touchent la connaissance et des découvertes fondamentales. Alors quand regarder en plein dans notre propre accélérateur de particules fait peur, on se jette à corps défini dans des certitudes surannées et rassurantes. Rien ne dépasse, pas de miroir dans un autre miroir. 

En réponse, il reste nos cosmos personnels où se réfugier quand l'extérieur devient trop âpre. 
Le mien est formé de flocons de neige et de paillettes, de connexions arborescentes. 
J'y évolue au coeur d'une forêt de quartz, pas à pas, doucement en effleurant les arbres. Caresser la pierre, sentir son froid, sa matière, entendre sa couleur et chercher les branches; le bois de cristal et ses rayons.
Mon âme se cultive dans un sol minéral, le regard pointé vers les étoiles.